: Lou Valérie Vernet
: Ivy
: Books on Demand
: 9782322476848
: 1
: CHF 6.60
:
: Krimis, Thriller, Spionage
: French
: 204
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
Une immersion plein coeur dans les pires fléaux de notre humanité pour lesquels IVY, éprise de justice, va tout risquer, tout sacrifier, tout expier. Un thriller Implacable. La violence'd'une plume contre la violence des hommes.

Lou Valérie Vernet, auteure multicartes, signe ici, avec"Ivy", anciennement paru sous le titre"Matricule 2022", un troisième thriller après les très remarqués Surtout le pire et Acouphanges. Tous confirment son talent à manier en virtuose l'art de la mystification et à sonder les profondeurs de l'âme. Par ailleurs, photographe amatrice, trekkeuse, essayiste et poète à la plume acérée, elle n'en reste pas moins attachée à sa devise préférée :Ne prenez pas la vie au sérieux, de toute façon, vous n'en sortirez pas vivant !

ENTRACTE


Une pause entre deux levers de rideaux.

Avant le second acte.

Être chez soi. Au milieu des siens. Comme si Ivy était sortie faire des courses il n’y a pas si longtemps et qu’elle revenait, satisfaite de ce qu’elle avait trouvé en chemin.

Chargée à bloc.

Des provisions de force comme elle n’en a jamais eu.

Une certaine fatigue physique certes mais surtout une psyché de compétition. Tellement de kilos en moins. Dans le corps, le cœur, l’esprit. Les tripes.

Une impression de légèreté comme si elle lévitait.

Reset ma belle. Nouveau système en cours d’installation. Et celui-là, on va te le sécuriser sévère. Fuck les pirates en tout genre. À la moindre intrusion, on vous explose vos faces de rat. Dixit Lo quand il se mettait à parler tout seul, devant ses machines et qu’il ne soupçonnait pas qu’Ivy puisse l’écouter.

Aujourd’hui, elle l’entend vraiment. Du dedans. C’est un langage basique, binaire qui convient parfaitement à sa situation. Elle aurait presque eu envie de le partager avec lui, mais au-dessus de sa porte de chambre clignote une lumière rouge. Et ça, ça veut dire : On n’entre pas. JAMAIS.

Elle attendrait donc qu’il sorte de son antre. À un moment ou l’autre. Le regard fiévreux. Complètement azimuté. Et qu’il daigne revenir au commun des mortels. Espèce qui ne l’intéressait guère. Ou en de rares occasions. Pour se nourrir, se laver, voir si Ivy ou BG avait pourvu à son ravitaillement de base.

Chips. Saucisson. Coca. Cornflakes. Sans jamais prendre un gramme.

Ivy le jalousait et se demandait souvent comment il faisait pour tenir enfermé des heures voire des jours dans une pièce noire. Le cul vissé sur son immense fauteuil de luxe, ok, mais sans bouger. Tout ce qu’il vivait se passait en virtuel. Un casque sur la tête et des écrans partout. Encore plus depuis qu’ils habitaient ici.

Leur premier vrai logement en neuf ans. Une combine de BG qui s’était fait draguer par une fille dans une agence immobilière. Un coup sérieux, avait t-il cru bon de rajouter. Mais avec BG, c’était toujours un coup sérieux. Jusqu’à ce qu’il faille déguerpir urgemment.

En attendant, ça faisait douze mois que tous les trois, ils n’avaient pas bougé, leur premier record, et tous, chacun à leur façon, étaient en train de s’installer. Pour rester un long moment.

C’était une grande baraque, pas trop vilaine où chacun avait sa propre chambre et des parties communes qu’ils partageaient souvent et joyeusement.

Un double salon/séjour/cheminée, ouvert sur une cuisine américaine.

Deux étages. Deux salles de bains. Deux chiottes.

Et pour Ivy, princesse nouvellement couronnée, la chambre avec vue sur le jardinet, au rez-dechaussée. Dressings intégré et salle de bain/douche. Pour elle seule.

BG avait réussi, personne ne savait comment, à obtenir un bail sérieux. Lo s’était débrouillé pour fournir les papiers qui allaient avec et un virement qui tombait tous les mois. À date fixe. Un mec, soi disant, à qui il avait rendu un fier service. Sûrement l’un de ceux pour qui il fallait effacer certaines traces.

La grande spécialité de Lo. Aider les gens à disparaitre et se refaire une vie. Comme pour lui et BG. Et Ivy, naturellement. Disparus. Puis survivants. Puis vivants. Ailleurs, autrement.

Pendant ce temps-là, Ivy faisait tourner la baraque. Doucement. Elle n’était pas leur femme de ménage non plus. Mais elle aimait bien s’occuper des courses. Faire la cuisine. Sentir le linge propre quand il avait fini de sécher dehors au soleil. Avoir tout cet espace à elle et autour d’elle, qui lui appartienne, qu’elle puisse décorer. Où mettre une ambiance. De la même façon qu’elle aimait prendre soin d’elle. De son corps. Comme elle en avait toujours rêvé.

Cette première vraie maison était une sorte de coconsécure. Un nid comme aucun d’eux n’avait connu. Qu’il lui fallait à tout prix chouchouter.

Dans laquelle ils semblaient tous avoir trouvé une vraie place.

Quand elle ne partait pas en guerre régler ses comptes, Ivy écrivait même un journal intime. Quelques mots tous les jours. Les moments forts. Jamais de phrases complètes mais des dates, des mots clés, des adjectifs et des couleurs. Pour ne rien oublier. D’hier et d’aujourd’hui. Toutes ces étapes. Ce chemin parcouru.

Depuis quelques mois, elle avait même commencé un roman. Une drôle d’histoire, à la limite de la science fiction, longtemps après la fin du monde, quand apparaissait une nouvelle espèce d’êtres vivants, qui devait tout reconstruire. Elle s’essayait à construire des phrases, faire des chapitres. C’était périlleux. Elle espérait pourtant le terminer un jour. C’était un projet de vie qui pouvait bien la tenir en haleine au moins 20 ans mais elle y arriverait.

Elle voulait juste arriver à raconter quelque chose qui soit beau.

Plus beau qu’elle et son histoire.

Quant à BG, il zigzaguait et piochait sa vie comme elle venait. En faisant le joli cœur. Un peu barman, un peu boxeur, un peuon ne sait quoi. De la malice au coin des yeux, qui approvisionnait leur tribu avec pas mal de tout et rien, tombé d’un énième camion qui passait par là. Un doux rêveur, qui avait pour but de partir faire le tour du monde et qui, en attendant faisait le tour des villes jusque dans leurs ruelles les plus sombres et leurs caves les plus basses. Ivy ne savait pas ce qu’il y cherchait mais il cherchait. De fond en comble. Sa gueule d’ange en sursis à chaque fois qu’il se prenait un mauvais coup.

En rentrant cette après-midi là, Ivy ne l’avait pas trouvé. La maison était vide, bien rangée, sans trace du petit Lucas. Juste Lo barricadé derrière sa lumière rouge. Elle en avait profité pour disparaitre dans sa chambre. Elle avait réussi à dormir deux heures. Puis s’était raccordée au monde. Avait allumé la télé. Son ordi. Ensuite, elle avait pris un long bain. S’était fait une beauté puis était réapparue vers 20 heures. En grande forme. Pour se mettre aux fourneaux. Rien de tel qu’une lasagne géante pour appâter les garçons. Deux SMS plus tard, elle en eut confirmation. BG était sur le retour et Lo avait bientôt fini.

Elle avait hâte qu’ils lui racontent.

À priori, si le petit Lucas n’était pas là c’est que sa mère l’avait récupéré. Elle voulait en être sûre, connaitre les détails. Savoir ce que Lo avait trouvé. Et ce que BG avait fait.

Et surtout, ne pas avoir elle, à trop en dire.

C’était la première fois qu’elle partait, trois jours, sans donner aucune nouvelle.

La première fois qu’elle se décollait d’eux.

Du jour où elle était apparue, hagarde, au seuil du squat où ils survivaient à l’époque, un immeuble en instance de démolition, glauque, infesté de cafards, au milieu de junkies, de sanspapiers, de vagabonds, de fugueurs, elle ne les avait plus quittés.

Lo et BG partageaient déjà la même pièce, un 7m2 carré dérisoire où, en passant devant, elle les avait vus, allongés, en train de lire. Lo ce qui s’avérerait être un manuel d’encodage, BG, une BD des Bidochon. Elle avait marqué un temps d’arrêt, étonnée, ils avaient relevé la tête et tous les trois, ils étaient restés comme ça. À se regarder, muets. Et puis le Beau Gosse avait souri (le surnom BG lui était resté), montré un espace libre et avait repris sa lecture. Ivy n’avait pas fait la fine bouche, avait glissé son corps en vrac contre le mur, dans le recoin qu’on lui avait assigné et n’avait plus bougé. Elle s’était endormie, telle quelle, affamée, assoiffée, sans rien demander. Sans qu’aucun mot ne soit prononcé. Pas une seule fois elle ne s’était réveillée. Elle avait dormi près d’eux, sans les connaitre ni même entendre le son de leur voix et pourtant elle n’avait pas eu peur. À aucun moment. Au petit matin, gueule d’ange avait apporté du café à Ivy et ils ne s’étaient plus jamais quittés. Malgré sa drôle d’allure, ses silences, sa tête en vrac, ses vêtements déchirés, son côté chat sauvage qui vient de se battre dans le noir et qui n’a pas rendu tous les coups,...