: Serge Krakowski
: La parole a quelque chose à dire
: Books on Demand
: 9782322002702
: 1
: CHF 11.70
:
: Sprach- und Literaturwissenschaft
: French
: 236
: Wasserzeichen
: PC/MAC/eReader/Tablet
: ePUB
La parole ne dit plus rien ! La parole est en panne ! Le sens dépérit, l'orateur disparaît et la communication règne. De ce fait, la méfiance est devenue institutionnelle. Les mots maltraités sont devenus frauduleux, leur sens équivoque et leur impact suspect. « Mal nommer les choses, c'est participer au malheur du monde » disait Albert Camus. Après la description des exemples de délitement de la parole au sein d'une société en relâchement, qui augure de nos prochaines « démocraties totalitaires », se dessinent les fils à renouer d'une parole authentique. Ce livre présente les questions essentielles pour redevenir des humains de parole. Cela n'est pas sans risque, car devenir pertinent dans son discours, c'est apparaître impertinent aux yeux d'une conscience sociale aseptisée. Mais si nous ressentons ce vide d'une parole absente qui nous éloigne du monde et de nous-mêmes, nous devons entrer en résistance et faire contrepoids à la tartufferie ambiante en opposant notre voix. Celle qui s'appuie sur le sens. Celle qui affronte le réel pour agir sur lui. Celle qui réconcilie le souffle, l'idée et l'ambition. Celle qui revendique à nouveau que la parole a quelque chose à dire !

Serge Krakowski est comédien, metteur en scène, formateur et professeur d'Art Dramatique. Il dirige depuis vingt ans le cabinet « Scapin Art Oratoire » qu'il a fondé. Il dispense des formations pour l'entreprise, dans le monde politique et pour les particuliers. Il écrit également et a créé dernièrement au théâtre une conférence sur les maladies de la communication : « Parler c'est beaucoup dire ! » Promouvoir le théâtre, redonner du sens à la parole et aider l'orateur à affirmer sa légitimité font partie de ses enjeux quotidiens.

Deuxième partie


II - Revenir à la parole – Parole vivante


1 - Prolégomènes : Penser avant de reparler !


Ne mentons pas. Est-il possible de redonner toute sa force à la parole sans passer par la reconstruction du sens ? Réhabiliter l’idée, matrice de la parole signifiante.

Il faut pour cela envisager de revisiter les croyances actuelles qui fonctionnent en circuit fermé.

Réinvestir l’imaginaire pour accéder de nouveau à l’esprit de conviction et réinsuffler à la parole, son essence qui est de convaincre et de persuader.

Un certain nombre de concepts sont ici proposés comme autant d’oppor-tunités de réflexions nouvelles.

Ces concepts ne sont ni polémiques, ni provocateurs par volonté, ils ont simplement la vertu de revisiter le monde pour permettre de s’y inscrire différemment selon son libre arbitre.

Il est évident que cette liste liminaire n’est qu’un exemple et ne demande qu’à être étoffée par d’autres pistes complémentaires et/ou contradictoires.

  • Faut-il fonder la morale sur des valeurs absolues ou sur des valeurs relatives ?
  • Accepter la notion d’interprétation du monde contre le principe de soumission à « la réalité », devenue dogme asphyxiant.
  • Sortir du monolithisme du modèle unique démocratique représenté par les élections.
  • Réaffirmer la prévalence du temps humain contre le court-termisme financier.
  • Reconnaître l’épuisement du sens de nos sociétés modernes et passer du cynisme à la reconstruction.
  • Redonner toute sa valeur à « L’Économique » à la faveur de l’expan-sion de l’activité humaine et du principe d’échange équilibré.
  • Abandonner l’idée de réforme au profit du concept de refondation ; l’école serait le premier chantier.
  • Envisager l’éducation comme parcours de vie en intégrant la notion de création de savoir adossé à la connaissance acquise.
  • L’Euro : une monnaie au service d’elle-même ?
  • Et bien sûr, réutiliser les mots qui sémantiquement font sens.

« Qui ne connaît la valeur des mots ne saurait connaître les hommes. » Confucius

Il ne suffit pas de penser, il faut savoir ce que l’on pense !

Le langage et la pensée sont souvent l’objet d’une distorsion entre ce que l’on veut dire et les mots que l’on trouve pour le dire.

De plus, la clarté et la compréhension d’un message dépendent, en général, du sens que l’on projette par rapport au public que l’on veut atteindre.

De là nait un risque : la démagogie, qui consiste à vouloir toucher d’abord l’auditoire, quitte à abandonner ce qu’on voulait lui dire.

La notion d’équilibre entre fond et forme est donc primordiale.

Faute d’une réflexion dans cette direction, on ne pourra plus atteindre la moindre zone de réception chez les individus ni leur faire partager l’essen-tiel d’une pensée.

L’intervention orale doit commencer par un véritable bilan du sens que l’on veut donner à ses propos.

C’est aussi l’occasion d’une prise de recul indispensable à l’élaboration de tout projet d’intervention.

2 - Le plan ou la structure


Le plan inculqué dès l’école se révèle l’art de structurer ses idées selon un principe formel plus qu’intellectuel.

Nos professeurs ont toujours eu le don de nous museler dès qu’une idée personnelle fleurissait dans nos dissertations. On nous recommandait surtout d’apporter les preuves des idées des autres par le biais de citations pour étoffer nos travaux.

Au bout d’une dissertation réussie nous n’avions, en fin de compte, mis en relief que notre capacité de reproduction du savoir officiel et reconnu.

Les grandes écoles vont encore plus loin et fossilisent l’énoncé de tout propos en trois points par systématisme et en font même l’image de marque de leurs établissements.

Comment s’étonner dès lors de la pensée prémâchée et aseptisée de nos élites…

C’est un grand crime devant l’esprit que d’exercer l’intelligence à produire du vide.

Le plan est un procédé mécanique, la structure une démarche réfléchie. On peut même considérer que le plan est le brouillon maladroit d’une structure encore à l’ébauche.

Il est consternant de voir autant de présentations professionnelles où l’on assène le plan à son auditoire comme la preuve absolue d’un travail abouti.

Faire disparaître le plan, c’est offrir à son public la longue maturation d’un propos qui se livre dans la netteté et l’évidence pour faire naître le sens.

Imagine-t-on un architecte qui brandirait fièrement ses plans de construction au lieu de faire constater la force de son travail par la contemplation de son ouvrage.

C’est au public que revient le plaisir de découvrir les étapes d’un discours et c’est lui enlever tout appétit d’écoute que de le réduire à n’être qu’une oreille passive.

Une prestation orale est la co-création de l’orateur et de son public, c’est une écoute interactive, une complicité jubilatoire.

Pour le dire autrement, afin de mieux comprendre l’immense divorce qui existe entre plan et structure, il faut imaginer que la structure est le fil invisible qui relie les parties d’un vêtement et le plan, le patron grossier d’un ouvrage à peine ébauché.

Et, si nous continuons à filer la métaphore, la haute couture nous confirme par la richesse de ses productions qu’il existe pour chaque vêtement d’ex-ception une structure propre à celui-ci alors que le plan est destiné au tout venant du prêt à porter, équivalent vestimentaire du prêt à penser.

3 - Vertu de l’éloquence


Parce qu’il faut d’abord exister avant de parler !

Les trois exigences d’une prise de parole efficace :

Elle doit être :

  • Impliquée> Je m’implique émotionnellement dans mon discours.
  • Engagée> Je m’engage rationnellement par ma parole donnée.
  • Responsable> Je ne me laisse pas dépasser par mon implication et mon engagement et reste lucide et responsable devant le réel.

Pour cela, il nous faut réinvestir les fondements du charisme.

4 - Les vertus du charisme


  • Il permet d’affronter tous les dangers, il impressionne, il est courageux, il est le contraire de l’habileté qui vise à s’exonérer de toute réalité.
  • Il séduit parce qu’il offre avec lucidité une dimension humaine dans sa relation à l’autre.
  • Il permet à l’orateur de donner du sens à son propos, loin des figures acrobatiques du « politiquement correct » et de « la pensée unique ».
  • Il permet d’entreprendre et rétablit dans ses droits et devoirs l’homme de parole.
  • Il permet de se soustraire à la « pression » pour produire une « expression libre. »

5 - Comment devenir orateur : Se former.


« Vous pensez que la formation coûte cher.

Essayez donc l’ignorance. »

Abraham Lincoln

Comme le soulignaitCicéron : « On peut naitre poète mais on devient orateur. »

L’Art Oratoire repose sur des lois strictes venues des orateurs grecs de l’Antiquité.

Ces lois sont au nombre de Sept.

I - La Verticalité, qui garantit au corps une dynamique.

Bien se tenir n’est pas une affaire de bonne éducation mais un moteur indispensable à la production d’un discours.

La position déhanchée que l’on retrouve fréquemment dans le démarrage d’une prise de parole rappelle combien la position...